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DARROIS COMMISSION DESARROI...
Le blog du Collectif de Défense des Juristes
d'Entreprise
Bonjour à tous,
Nous étions nombreux à penser que le projet de réforme visant à instaurer l'"Avocat en entreprise" prôné par le rapport Darrois serait enterré pour quelques années au moins, suite au vote
défavorable des avocats (du moins le CNB en date du 20 novembre 2010).
Pourtant le rapport sur "Certains facteurs de renforcement de la compétitivité juridique de la place de Paris" remis par Michel Prada (ancien Président de l'AMF) à la Chancellerie le 19 avril dernier le remet à l'ordre du jour avec les mêmes zones d'ombres concernant l'avenir des juristes d'entreprises.
Dans ce rapport disponible sur le site de la chancellerie l'on peut lire :
p. 35 : "l'intégration des juristes d'entreprise dans la profession d'avocat s'effectuerait en
fonction de dispositifs d'équivalence permettant de traiter les populations existantes et, par la suite, d'intégrer des collaborateurs chevronnés susceptibles de bénéficier d'un "tour extérieur
subordonné, notamment, à la vérification de leurs connaissances en matière de déontologie et de statut de la profession"
Qui sont les " les populations existantes" et les "collaborateur chevronnés" dans l'esprit du rédacteur du rapport qui pourront prétendre au titre d'avocat en entreprise, seul bénéficiaire du
legal privilege, et par ricochet seul interlocuteur sur les dossiers sensibles?
Vous comprendrez que tout est possible sous ce wording, le meilleur comme le pire... Y compris le déclassement des juristes non titulaires du CAPA, qui pourraient devenir l'équivalent de paralegals (assistants juridiques dans les firmes de certains pays anglo-saxons, n'ayant pas effectué de cursus de droit la plupart du temps...) dépourvus de legal privilege (cf p.34), via la suppression pure et simple, sans période transitoire, de la passerelle actuelle (cette option, réclamée notamment par la FNUJA, est bel et bien envisagée à la page 31) .
L'on s'inquiétera également de constater l'absence, choquante, de toute mention de la position des organisations représentatives des juristes d'entreprise au § 2.4 (p. 30) pourtant supposé regrouper les "objections contradictoires des parties intéressées". Enfin, la "liste des personnes rencontrées" en Annexe II ne semble pas comporter de juristes d'entreprise autres que des "directeurs juridiques", ce qui explique sans doute pourquoi les préoccupations de ces derniers soient prises en compte (cf p.19), à défaut de celles des juristes placés sous leur autorité hiérarchique.
Visiblement l'objectif est de faire passer la réforme en force, RAPIDEMENT
:
En effet une consultation publique est ouverte en ligne sur le site de la Chancellerie depuis le 19 avril jusqu'au 20 mai seulement
:
http://www.textes.justice.gouv.fr/projets-de-reformes-10179/competitivite-juridique-de-paris-22038.html
Nous vous invitons vivement à y laisser vos contributions au plus vite après avoir pris
connaissance du rapport.
Bonjour à tous,
Voici quelques nouvelles -plutôt inquiétantes- concernant le projet de création du statut d’avocat en entreprise pour ceux qui n’ont pas tout suivi (c'est urgent) :
- la FNUJA et la Conférence des Bâtonniers se sont prononcés dernièrement
(respectivement le 15/05/2010 et le 30/04/2010)
contre la réforme à de très fortes majorités, sachant que la FNUJA a carrément demandé, en sus, la suppression pure et simple de la passerelle existante, et ce sans période transitoire
- Le Conseil de l’ordre de Paris : a émis une résolution favorable à la réforme (en juillet 2009)Celui du 92 devrait faire de même ce département étant également un barreau d'affaires.
- L’ACE (Avocats Conseils d'Entreprises) [et la nouvelle association ouverte exclusivement aux avocats exerçant (et souhaitant) exercer en entreprise, l’association le « Barreau en entreprise », sont très favorables à la réforme et développent des arguments identiques, ce qui laisse penser à une parenté… certaine entre ces deux-là.] On peut légitimement s’étonner devant certains desdits arguments mis en avant pour précipiter la réforme, tels que le risque de délocalisation des directions juridiques à l’étranger faute de legal privilege au sein des entreprises françaises, ou « cette amputation imposée » que subissent les avocats « obligés » de raccrocher la robe lorsqu’ils font le choix de travailler en entreprise…
Question passerelle, l'ACE estime dans sa "réponse" du 3/06/2010 que le port du titre d'avocat en entreprise devrait être conditionné à "des responsabilités importantes, un pouvoir de décision et donc une place assez élevée dans la hiérarchie pour pouvoir prétendre à ce titre. Il n'est question dans l'esprit de personne que tout juriste d'entreprise, quel que soit son niveau d'exercice et de responsabilité puisse accéder à la profession d'avocat". En résumé, pour l'ACE la passerelle doit être réservée aux directeurs juridiques...
Encore plus fort, l'ACE évoque le risque de la création d'une profession réglementée de juristes, lesquels seraient alors libres d'aller travailler chez leurs concurrents (autres professions réglementées ou non)...
- Le Cercle Montesquieu (association regroupant des Directeurs Juridiques), sans surprise, s’est prononcé en faveur de la réforme (cf communiqué très bien détaillé et structuré du 13 septembre (avant Akzo) puis du 15/09/2010 (après AKZO...), le premier étant assez instructif notamment pour ceux qui veulent commencer à se faire une idée des nouvelles cotisations qui pourraient être à leur charge en tant qu’avocat en entreprise, et les critères de passerelle proposés par cette organisation. Par exemple, un avocat en droit étranger inscrit sous son titre d’origine pourrait bénéficier du statut en 3 ans, tandis que pour un juriste de droit français, 5 ans sont évoqués à titre d'exemple…étant précisé que pour l’exercice en libéral l’exigence de 8 ans serait maintenue) Pour information, le Cercle Montesquieu supportait l’idée de réserver le bénéfice de la passerelle vers le statut d’avocat en entreprise (et le legal privilege sensé aller avec) aux directeurs et responsables juridiques (cf rapport sur le rapprochement entre les professions d’avocat et de juriste d’entreprise publié par la Chancellerie le 27/07/2006) Nous ne sommes pas convaincus à ce jour que cette position est définitivement abandonnée, même si elle n’apparaît pas dans le communiqué de septembre.
- le CNB devait se prononcer le 11/12 septembre dernier, mais il semble que ce soit reporté au 19/20 novembre 2010 (à confirmer). Sa position pourrait être favorable.Son Président Thierry Wickers a enfin réussi à déclencher l'ire de l'AFJE en déclarant à la presse que "depuis le rapport Darrois la question n'est plus tant le rapprochement de ces professions que celles des conditions aux termes desquelles les avocats pourraient demain exercer en entreprise. Sous cet angle seuls les avocats ont voix au chapitre". (cf Gazette du Palais dim. 4 au Mardi 6/10/2010.)
- Pavé dans la marre de l’« Avocat en Entreprise », la cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE) a confirmé, dans un arrêt AKZO en septembre (le 14), son refus de reconnaître le legal privilege aux avocats en entreprises même inscrits à un barreau de l’Union Européenne, ce qui élimine l’un des principaux intérêts de la création d’un tel statut pour les juristes d’entreprises comme pour les entreprises elles-mêmes (sachant que par « les entreprises » on entend ici surtout certaines entreprises du CAC 40, car peu de PME auraient intérêt à se payer un « avocat en entreprise » juste pour conserver leurs petits secrets à l’abri des perquisitions. Sans oublier que lesdites perquisitions sont tout de même motivées par la nécessité de faire appliquer la Loi et favoriser une plus grande transparence des pratiques… et avec le passage de la crise dont nous n’avons pas fini de subir les effets, une plus grande Transparence, réclamée par notre Président de la République sur la scène internationale, n’est-elle pas à terme une condition indispensable à la pérennité du système économique européen ?)
- Attention la JP de la CJUE ne décourage pas les promoteurs de la réforme qui souhaitent faire rapidement adopter le statut d’avocat en entreprise en droit interne pour ensuite faire pression, de concert avec d’autres lobbyistes européens, sur la Commission EU afin que cette dernière revienne sur la JP AKZO.
- L’AFJE, semblait avoir révisé sa position et paraissait enfin décidée à défendre ses membres (cf communiqués du 22/07/09, du 21/01/2010 sur l'acte d'avocat et de juin 2010 (en réponse aux "gentillesses" du Président du CNB T. Wickers), intervention du Vice Président lors de la conférence sur l’avenir des professions juridiques du 30/09/2010 dernier organisée par l’EDHEC…et c’est tant mieux (peut-être que nos travaux de communication ont porté leurs fruits… et peut-être que le nouveau Président et le Vice Président ne sont pas étrangers à ce revirement bienvenu?) Affaire à suivre de près cependant, car le Conseil d’Administration de cette association (composé essentiellement de directeurs juridiques de grands groupes, et peu habitué à faire voter les « simples membres » avant de prendre position…) pourrait être tenté, malgré la bonne volonté récemment affichée, de placer le legal privilege au dessus des "basses" préoccupations d’évolution/survie professionnelle de leurs 4000 membres et des velléités de transparence ou autre questionnement "improductif" sur la notion d’intérêt général. En ce sens voir le communiqué du 21/09/2010, qui porte un germe d’ambiguïté.
L'AFJE devra trancher entre les intérêts du clan des lobbyistes et celui de la majorité de ses membres qui ne sont pas des directeurs juridiques au service de groupes internationaux, mais de simples citoyens. Son Conseil d'Administration devrait se prononcer le 19/10/2010, dans la plus grande "intimité".
- L’association des Juristes de Banques (ANJB) et l’Association des juristes d’Assurance (AJAR) devraient se prononcer prochainement. (et pourraient également subir quelques pressions en faveur de la réforme, car les banques, tout au moins, sont un peu allergiques aux perquisitions ces temps-ci…). A surveiller.
Par ailleurs, certaines des propositions du rapport Darrois servent de base à au moins deux textes de loi qui auront un impact direct sur les juristes d'entreprise :
- Le projet de loi sur la modernisation des professions juridiques reprenant notamment *l’ « acte d’avocat », dont nous estimons l’utilité pour les acteurs économiques et les usagers du droit douteuse (ressemble plus à un droit de timbre/taxe parafiscale pour renflouer les avocats qu'à une bonne idée). Sans compter qu’il pourrait, si une pratique d’exigence de ce type d’acte par les cabinets d’avocats similaire à celle de la « legal opinion » s’instaurait, priver à terme les juristes rédacteurs de contrats de la valeur de leur signature au profit des seuls avocats). Les huissiers qui partagent cette inquiétude, l'ont, eux, clairement manifestée par l'intermédiaire de Sénateurs auprès de la Chancellerie, dont les réponses ne sont pas de nature à rassuer les juristes.
*le principe des structures holding
financières « SOCIETES DE PARTICIPATIONS
FINANCIERES DE PROFESSIONS LIBERALES » permettant à des membres de professions juridiques réglementées de s’associer pour les "choses sérieuses" : la gestion et la récupération des Gros
Sous, à défaut de pouvoir se fusion-absorber de manière trop visible ou de travailler dans des structures communes (ce qui ouvre enfin le terrain tant convoité du notariat français aux cabinets anglo-saxons. Précisons qu’à ce stade les juristes « sans titre » en sont exclus, et rien n’est précisé
concernant les « avocats en entreprise ».
Ce projet de loi a déjà été adopté par l’Assemblée Nationale ; il fait actuellement l’objet d’une première lecture au Sénat (Me Darrois avait été auditionné par la commission des lois en mai 2009, et franchement les arguments présentés recèlent de contradictions et d’inexactitudes pour ne pas dire plus. Edifiant de voir que personne ne les relève.)
- Le futur projet de loi de finance pour 2011 pourrait s’appuyer sur le rapport Darrois pour trouver des solutions en vue du financement de l’aide juridictionnelle (à surveiller car rejoint potentiellement la question des cotisations dont devront s’acquitter les heureux « avocats en entreprises »)
Il y a certainement encore d’autres émanations de ce rapport dans le pipeline à surveiller comme par exemple :
- Le projet de loi portant réforme de la représentation devant les cours d'appel a été adopté
en 2ème lecture à l'Assemblée nationale le 13 octobre 2010.
La disparition totale des avoués (et de leurs salariés...) a été repoussée au 01/01/2012 et les indemnisations prévues améliorées grâce aux amendements proposés par le Sénat qui doit encore revoir le texte en 2e lecture. Les avoués (justifiant de 5 ans d'expérience comme pour les autres professions réglementées?) devraient pouvoir se reconvertir en avocats mais les conditions de leurs passerelles sont à surveiller car nécessitant sans doute de retoucher le décret de 91 qui concerne aussi les conditons de la passerelle des juristes d'entreprise et de cabinet...
La fragmentation des projets/propositions de loi fondés sur les propositions de la Commission Darrois accentue le sentiment général de manque de transparence et d'effectivité des débats sensés contribuer à l'édification d'une Grande Profession du Droit à la Française, pourtant porteuse de nombreux espoirs : On divise les professionnels du droit pour mieux règner, on fractionne les débats et les textes pour mieux noyer le poisson.
En résumé, le réveil risque d'être extrèmement brutal pour certains juristes et la société civile.
Il n'y a sans doute jamais eu autant d'avocats (d'affaires) au gouvernement et au parlement.
Ce blog est dédié à l’échange d’informations et aux discussions, n’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires/compléments d’information.
Léonine
Dans la quiétude de l’été, tandis que la plupart des professionnels concernés profitent innocemment de leurs congés d’été, les instances représentatives des avocats et des juristes d’entreprise poursuivent leurs publications sur le rapport Darrois, lequel a émis le vœu d’un rapprochement entre les deux professions.
Les représentants des avocats et des juristes d'entreprise semblent s'accorder sur la nécessité de créer un statut d'avocat en entreprise.
1. De son côté, le Conseil de l’Ordre des avocats de Paris s’est, par une résolution du 21 juillet 2009, prononcé en faveur de la création d’un statut d’avocat en entreprise, dont les principales caractéristiques seraient les suivantes :
Pourraient accéder à ce statut :
Voir la résolution publiée par le COSAL (syndicat d’avocats) très remonté sur la question :
http://cosal.net/?page=archives/actu&id=3815
2. Par un communiqué de presse du 22 juillet 2009, l’AFJE (Association Française des Juristes d’Entreprise) nous livre enfin sa position officielle sur le rapport Darrois, soit près de 4 mois après sa remise au Chef de l’Etat !
L’AFJE s’y dit favorable à la création d’un statut d’avocat en entreprise, sous les réserves suivantes :
A noter qu’il n’est aucunement fait cas du sort des juristes à fonctions mixtes (juridique et RH, juridique et administratif etc…), des juristes rattachés à des directions opérationnelles (la réalité du monde de l’entreprise fait que tous les juristes ne sont pas rattachés au directeur juridique), des juristes des cabinets d’expertise comptable ou de sociétés de protection juridique dont les clients sont des clients « externes », des juristes de collectivités publiques, lesquels sont exclus de facto des critères issus de la « passerelle », et ne pourraient donc accéder au statut d’avocat en entreprise, alors qu’ils font pourtant partie de la grande famille des juristes d’entreprise.
Instaurer un régime à deux vitesses n’est pas souhaitable.
Dans ces conditions, il semblerait opportun, si le statut d’avocat en entreprise devait être créé :
Il s’agirait, rappelons le, pour les juristes d’entreprise d’un simple changement de statut n’affectant ni la nature ni l’étendue de leurs fonctions.
L’intention était louable, et le défi était de taille : aborder en deux heures l’épineux sujet de l’avenir des professions juridiques et des étudiants en droit devant un parterre d’étudiants et de professionnels.
Tel était l’objectif de la conférence qui s’est tenue le jeudi 14 mai à l’université Paris II, avec l’aimable participation de Jean-Michel Darrois, président de la commission auteure du rapport sur la « grande profession du droit », quelques professionnels (un avocat et un expert-comptable) et une poignée d’universitaires.
Des propositions « réalistes et pragmatiques » face à un corporatisme exacerbé
Dans sa présentation, M. Darrois s’est efforcé de détailler les objectifs de la réforme, et les difficultés auxquelles la commission s’est heurtée.
La commission s’est attachée à faire des propositions « réalisables et pragmatiques ». Très vite, elle n’a pu que se résoudre à abandonner toute idée de fusion entre avocats et notaires, non pas pour des raisons liées à la particularité des uns par rapport aux autres, mais parce que c’était tout bonnement « impossible », aux dires de M. Darrois.
Nul n’est besoin de lire en les lignes que les excès de corporatisme sont la cause exclusive de l’abandon de l’utopique grande profession du droit une et indivisible, M. Darrois ayant dévoilé sans ambages que la commission s’est heurtée à un corporatisme prégnant, chacun profitant de l’initiative de réforme pour essayer de « grappiller la part du voisin ».
Selon Jean-Michel Darrois, l’objectif poursuivi par le rapport consiste à faire en sorte que certaines propositions soient retenues, et que les autres appellent au dialogue entre les différentes professions.
Résultat : le dialogue, musclé, s’est mué en guerre intestine entre avocats et notaires, éclipsant les véritables enjeux de la réforme, notamment en ce qui concerne les professions peu (ou mal) représentées, et dont l’avenir semble sérieusement compromis du fait des propositions de la commission Darrois…
L’objectif de la réforme : de la satisfaction l’intérêt du justiciable et du client…
Pour M. Darrois, la réforme ne poursuit qu’un seul but : celui de satisfaire l’intérêt général, qui regroupe des intérêts aussi divers que celui du justiciable, du client des prestations juridiques et des « générations futures ».
Selon lui, cette entreprise de modernisation des professions juridiques doit participer de l’amélioration de la qualité des prestations et de l’accroissement du rôle du droit et des juristes dans notre société.
Comme l’a justement précisé l’un des intervenants, ce dernier point n’est pas quelque chose qui se décrète, et si d’aucuns regrettent qu’à rebours de ce qui se passe aux Etats-Unis, les directeurs juridiques n’accèdent que rarement à des fonctions de directeur général, le débat n’est semble t-il pas là.
L’importance du droit et de son empreinte dans la société doit être une conséquence et non une cause de la réforme.
…à la satisfaction des intérêts des avocats
La commission s’est intéressée aux effets de la crise pour les avocats : paupérisation d’une frange de la profession, écarts de revenus importants, précarisation du statut de collaborateur libéral, dégraissages massifs dans les cabinets d’affaires… et a cherché des solutions pour y remédier.
On ne peut évidemment que regretter ces situations fâcheuses, qui bien qu’accentuées par la crise, n’y trouvent pas leur cause. Une partie de la responsabilité de cet état de fait est peut être davantage à rechercher dans les positions d’arrière-garde des instances ordinales qui, sous couvert de déontologie, persistent à s’opposer à la publicité, au démarchage et aux pactes de quota litis, tandis que, dans le même temps, les professions juridiques par accessoire et les cost-killers en usent en en abusent, tout en violant éhontément le périmètre du droit.
La situation des avocats concernés par ces problèmes est certes préoccupante, et doit appeler à la réflexion, mais elle ne doit pas pour autant constituer un prétexte fallacieux à une mainmise des avocats sur les autres professions du droit, ainsi que semble vouloir le faire le rapport Darrois.
Agir ainsi c’est déplacer le problème.
De l’inspiration étrangère…
Lorsque l’on s’attaque à une réforme des professions du droit d’une telle ampleur, la tentation est grande de s’inspirer des organisations des autres pays.
Sollicitors, barristers Outre-Manche, abogados en Espagne, système allemand, les sources d’inspiration sont multiples et variées.
Jean-Michel Darrois a toutefois insisté sur la difficulté de transposer en France des idées importées d’autres systèmes de droit, qui perdent tout leur intérêt lorsqu’elles sont sorties de leur contexte.
Il faudrait, dès lors, créer un système franco-français (mais sans oublier le droit communautaire, largement oublié durant cette soirée, merci !).
Quid de l’avenir des étudiants en droit ?
A en croire les différents participants à la conférence, l’avenir des étudiants en droit est pour le moins assombri.
Le constat se veut sévère : Les jeunes notaires ne peuvent pas s’installer pour cause de numérus clausus. Les jeunes avocats, quand ils parviennent à décrocher un contrat de collaboration libérale, doivent se satisfaire d’un statut précaire et souvent mal rémunéré, eu égard au volume horaire travaillé. Ceux qui se destinent à la profession de juriste d’entreprise devront justifier de double cursus (droit/école de commerce/science po), éventuellement être dotés du CAPA et être bilingue en anglais s’ils veulent faire la différence dans un marché de l’emploi sinistré. Les directeurs de Master 2 limitent les places, car le marché peine à absorber les jeunes diplômés dans certaines spécialités….
En réponse à la sinistrose ambiante, la commission Darrois propose de réformer les études de droit en les professionnalisant, et suggère la création d’écoles de droit qui viendraient se superposer au système universitaire existant.
Paradoxe assez intéressant soulevé par Monsieur Louis VOGEL, Président de l'Université Paris II Panthéon Assas, le système proposé par la commission Darrois se positionne en marge du système de reconnaissance des diplômes intracommunautaire fondé sur les Master 1 et 2.
Selon lui, les écoles de droit proposées sont de nature à court-circuiter totalement les Master 2, en incitant les étudiants à poursuivre leur M1 par une école de droit. L’étudiant souhaitant obtenir un niveau M2 après avoir suivi la formation offerte par l’école de droit, devrait revenir en M2 pour bénéficier de l’équivalence communautaire, ou simplement poursuivre des études de recherche (doctorat)…
Au lieu de réinventer l’eau chaude, professionnalisons nos universités, développons l’alternance, enseignons
davantage les matières dite de « gestion » sans nécessairement transformer nos facultés de droit en écoles de commerce, oublions éventuellement un peu l’histoire et la philosophie du
droit ainsi que le préconisent certains intervenants (encore que, ça se discute…), et surtout restons en phase avec l’Europe !
Un débat en demi-teinte
A en croire les ricanements ou les soupirs d’exaspération suscités dans les rangs de l’amphithéâtre, par les propos de certains intervenants, les étudiants (majoritaires) n’ont pas semblé trouver dans ce débat une réponse à leurs questionnements légitimes.
On leur a d’ailleurs laissé peu le loisir de s’exprimer, puisque seules trois questions ont pu être posées, sans doute par manque de temps.
Les interventions brillantes de MM. Didier TRUCHET (Professeur de droit à l’université Paris II) et Daniel GRIMALDI (Professeur à l’université Paris II, Directeur du Master 2 Droit notarial) n’auront malheureusement pas suffi à élever un débat, quelque peu éparpillé.
Quant aux professionnels, malgré un titre de conférence prometteur, il n’en a quasiment pas été question.
Les juristes d’entreprise resteront donc sur leur faim.
Les notaires auront été heureux d’apprendre de la bouche de M. Darrois qu’ils sont des « fonctionnaires ».
Les CPI et les avocats auront sans doute apprécié la parabole de la fusion du « four à micro-ondes et du four traditionnel » pour qualifier leur rapprochement.
Enfin, les secrétaires généraux auront été ravis d’apprendre qu’ils sont des « secrétaires-dactylo » ayant évolué.
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« Le progrès admirable des connaissances s’accompagne d’une régression de la connaissance par la domination de la pensée parcellaire et compartimentée au détriment de toute vision d’ensemble. »
Edgar Morin, Pour une politique de civilisation, éd. arléa
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